• La Libération et l'incendie de l'église

     

    PHOTO COLLECTION PARTICULIERE
     

    reconstitution en 1997 de l'attaque de l'église : les chars alliés embusqués sur le pont du canal (point de mire du clocher) déclenchent une série de tirs qui vont embraser l'église, puis le presbytère.

    Sur mes cahiers d'écolier

    Sur mon pupitre et les arbres

    Sur le sable et sur la neige

    J'écris ton nom...

    Et par le pouvoir d'un mot

    Je recommence ma vie

    Je suis né pour te connaître,

    Pour te nommer "LIBERTE"

     

     

      

     

     Débarquement en NORMANDIE, dessin au fusain et à la craie sanguine par Christiane CHOISNET

     

     

    Pendant que les troupes alliées débarquent en Normandie le 6 Juin 1944, les services administratifs de l'armée de l'air allemande (la Lutwaffe) se replient de Saint Brieuc sur FILLÉ où ils s'installent dans le Château du Gros Chesnay, à la Beunêche ainsi qu'au château des Gesleries . 250 allemands étaient ainsi cantonnés sur la commune où ils avaient réquisitionné de nombreuses maisons et châteaux des environs. Les jeunes gens du village devaient travailler pour eux.

    Les allemands ont été surpris de trouver sur place et autour de la commune des nids de résistance. A l'approche de la Libération, des jeunes gens de Fillé effectuaient des actions de sabotage des voies ferrées du côté d'Arnage (une cassette audio a été remise en son temps par Roger Gaignon à Gérard Choisnet, maire, reprenant les témoignages de Filléens - de Mrs TRUDELLE et MACÉ notamment).  

    La nervosité crépusculaire de la débandade annoncée transpire dans le comportement des occupants repliés sur FILLÉ. Entre le débarquement des alliés et la libération c'est-à-dire, pendant près de deux mois, les habitants de la commune vont subir le couvre-feu de 23 heures à 6 heures du matin, le contrôle des requis et les perquisitions policières.

     

     

    0810-001

    soldats allemands de la Lutwaffe

     

     

     

    LA LIBÉRATION DE FILLÉ

     

    J'ai constaté récemment que cette page avait fait l'objet d'un "pillage" intellectuel. Si nul ne peut prétendre se revendiquer de l'histoire de Fillé ou encore moins de l'exclusivité de la réécrire - que l'on ait au moins l'honnêteté de n'attribuer à personne d'autres qu'à Monsieur René Gaignon les passages repris dans la rubrique concernant la Libération de Fillé.

    Monsieur René Gaignon fut, sans conteste, la mémoire vivante des évènements de cette époque.

    Dans le cadre du 70° anniversaire de la Libération, je découvre un article dans la presse (O.F. du 7.8.2014) reprenant strictement mot pour mot ce que j'ai, moi-même, retranscrit ici, dans ce blog, en 2009, au sujet de l'altercation du 7/8/44 entre américains et allemands ! Or, ce récit avait été écrit en son temps par René Gaignon lui-même.

    Sans changer le sens de la narration, que l'on ait au moins le courage - ou plutôt l'honnêteté - d'en modifier les termes si l'on ne cite pas la source car c'est curieusement malsain de reprendre textuellement un contenu pour le mettre sur le compte d'autres personnes d'autant que celles-ci n'ont jamais caché à quiconque qu'elles n'étaient pas présentes à Fillé en 1944 ! A bon entendeur !

     

    france

     

     Enfin, reprenons le cours de l'histoire de la Libération de Fillé ...

    Le matin du 7 Août 1944, L......, une jeune filléenne travaillant dans la capitale sent comme tous les parisiens qu'il va se passer quelque chose. Il fait beau et chaud, 1944 aura été une année de chaleurs exceptionnelles fin mai et surtout en août, et dans cette chaleur étouffante qui règne sur la capitale, la jeune fille remarque que depuis quelques jours, les gens se parlent plus volontiers.  Ce matin du 7 Août 1944, "matin d'espoir", elle entend des bribes de conversation sur un boulevard : "Ils se dirigent vers Le Mans" : elle songe aux siens restés au village et elle en a subitement les larmes aux yeux !

    En effet, il faudra attendre le 7 Août 1944 pour voir enfin l'arrivée des troupes alliées à FILLÉ avec une colonne d'automitrailleuses et des chars Sherman, le soulagement est grand !

    Le général Patton - appliquant le plan Overlord - donne l'ordre, dès le 5 Août de s'emparer du Mans et le matin du 7, trois divisions prennent les routes qui y conduisent : la 5°DB prendra les villes de la rive nord de la Sarthe en passant par Grez-en-Bouère, Bouessay, Poillé, Asnières d'où une colonne se portera sur Noyen pour traverser la Sarthe à Fillé de manière à prendre position sur le sud-est du Mans. 

    La tête de colonne est bien entrée à Fillé mais s'est trompée de route et s'est portée par erreur sur Spay.
    Les Sherman de la 5° DB se présentent donc au pont de Spay dans la soirée du 7 Août tandis qu'une autre colonne, ayant passé par Fillé affronte les allemands à "La Belle Etoile" où une compagnie du génie est capturée et trente véhicules sont incendiés.

    Jusqu'alors préservée des combats, la commune de Fillé allait connaître ses premiers tirs dans la soirée du 7 Août quand arrivèrent les américains. Chez les allemands c'est la panique et le "sauve qui peut" mais on refuse de se rendre. Alors aussitôt les premiers coups de feu vont éclater.

    Pendant trente à quarante minutes les escarmouches vont se succéder. Un allemand sera tué entre l'église et la Maison du Passeur, un autre dans la cour de l'ancien maréchal ferrant, un troisième dans les Gesleries, non loin du château qui sera incendié par l'occupant car il contenait d'importantes archives de l'armée allemande.  (témoignage de Monsieur René Gaignon qui fut témoin de l'arrivée des Américains le 7 Août 1944 et des accrochages qui s'ensuivirent).

    Madame Yvonne LETOURNEUR, passeur au bac du Moulin de la Beunêche au début du siècle, narrait en ces temes les évènements de la Libération de Fillé :

    "Et puis brusquement c'est l'orage, une drôle de machine frappée d'une étoile surgit sur la route des Vignes..... le lendemain le clocher brûle.
    Bientôt la pluie effacera les larmes et avec le soleil revenu, ce sera à nouveau le temps des moissons, du battage..."

     

     La nuit du 7 au 8 Août 1944 sera parsemée de coups de feu isolés, du bruit du canon avec le combat de chars Sherman et Panzer de la Belle Etoile (route d'Angers). Une compagnie américaine installe son bivouac dans la nuit à Spay et improvise un camp de prisonniers allemands le long de la RN 23 à 2 km environ de FILLÉ.

    Dès le matin, des tirs se font entendre du côté de la chapelle du cimetière où un allemand s'est caché.   Au lendemain de la Libération de FILLÉ, il y eut quelques méfaits plus ou moins sordides parmi la population telle que cette histoire de bottes de l'allemand tué près de l'église, une histoire qui s'est rapidement transformée en non-dit au fil du temps mais qui se chuchotait encore chez les anciens il n'y a pas si longtemps. Dans tous les villages de France avec tout ce que la guerre, l'occupation puis la libération ont pu livrer de bêtise et de méchancetés, on a vécu malheureusement des histoires de ce genre qu'il vaut mieux oublier.

    Mieux vaut s'attarder sur l'évènement principal qui est resté dans toutes les mémoires, celui de :

     

    L'INCENDIE DE L'EGLISE 

     

    Arrivés à l'entrée du bourg, deux objectifs sont la priorité des libérateurs : le cimetière et le clocher de l'église où se sont réfugiés les "verts de gris".

    En effet, quelqu'un aurait signalé aux troupes alliées que des allemands se seraient réfugiés dans le clocher de l'église. En voulant examiner les lieux, une personne aurait heurté une corde servant à actionner les cloches, l'alerte est donnée.  Rapidement, un char allié se met en position de tir : embusqué sur le pont du canal, il décoche une rafale sur le clocher de l'église qui prend feu. L'église s'embrase en un éclair et le clocher s'écroule du côté de la rivière. Cette précision a son importance car de l'autre côté, face à l'église il y avait un dépôt de munitions !

    L'intervention rapide des habitants qui font la chaîne évitera que le feu se propage dans le bourg mais du presbytère attenant qui se trouvait à l'emplacement de la cantine actuelle, il ne restera rien. Un autre sera reconstruit mais de l'autre côté, près de l'école privée.

    Petit à petit le calme revient : ainsi finit la guerre à Fillé...



    L'INCENDIE









    I
    ntérieur de l'église après l'incendie.

     

    Une Commune : FILLE face à l'histoire

    EXTRAIT DES CAHIERS DU MAINE LIBRE N° 2 D'OCTOBRE 1944 ci dessous :

     




    SOUVENIRS DE LA LIBERATION DE LA SARTHE FEU D'ARTIFICE A FILLÉ


    "Fillé, avant la guerre, était, dans la banlieue du Mans, un centre de tourisme "très couru". La Sarthe, ondoyante et capricieuse, y poétise les rives et les bois. De temps en temps un chaland passe. Chaque plage et chaque crique sont hantées par les pêcheurs, les Parisiens, les Manceaux et les Sarthois en liesse. On oublie les bruits de la grande ville et les soucis de chaque jour. Là tout n'est qu'ordre et beauté, et calme et bonheur...

    Brusquement, ce paysage de paix est troublé par les bruits de la guerre. Il faut cependant attendre les derniers jours de l'occupation allemande au pays cénoman pour que ce coin de campagne, hors des routes stratégiques, retentisse du bruit des bottes. Pour peu de temps, heureusement....

    Le 7 Août 1944, à 20 h 30, des tanks américains surgissent à l'improviste, sans que personne les attendent de ce côté de la petite route des Vignes. Les allemands cherchent à fuir. La fusillade éclate. De toutes parts se fait entendre le crépitement des mitrailleuses. Un tank américain, en batterie à l'entrée du canal, tire sur le clocher où se trouvent des allemands et le détruit partiellement.

    Soudain, le feu se déclare dans des écuries garnies de foin et de paille et prend rapidement des proportions inquiétantes, car les balles qui sifflent sans arrêt rendent toute intervention impossible. Une lueur rouge éclaire le ciel. Une maison brûle route de Spay.


     Les allemands mettent le feu au château des Gesleries.

    Un certain nombre de soldats réussit à passer la rivière et à gagner les bois. Le calme renaît. Les habitants peuvent faire la chaîne et limiter les dégâts des incendies qui font rage.

    La nuit relativement calme, reste inquiète : dix tonnes de munitions allemandes sont entreposées au centre du pays. La journée du lendemain est vécue dans l'espérance et dans l'attente. Mais à 18 h 30, la fusillade recommence....

    Ce sont des allemands cachés dans les chapelles du cimetière qui viennent de nouveau d'ouvrir le feu. Les tanks ripostent. Et bientôt un léger nuage de fumée se dessine au sommet du clocher. Le feu ! Quelques instants plus tard, la flèche est embrasée.

    Par bonheur, le vent souffle vers la rivière. Moments d'angoisse. Pourvu que le vent ne "tourne" pas ! Le clocher alors s'abattrait sur les maisons d'en face, pleines de munitions.

    Le feu gagne la toiture, l'église entière, le presbytère. Un bruit lugubre et sourd : les cloches tombent.

    Elles ne sonneront pas, ce soir, l'annonce de la Libération. Mais la joie chantera au coeur des habitants, car il y a des ruines sans doute au village charmant, presque toutes les maisons portent des traces de la bataille, mais tous se retrouvent, saufs, et libres !... "

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     




    Extérieur de l'église après l'incendie du 8 août 1944


     

     

    Le château des Gesleries (ci-dessus) avait été incendié au moment de la Libération, lors de la retraite des soldats allemands qui l'occupaient car ce château contenait  d'importantes archives de l'armée allemande. Au moment de l'encerclement par l'armée américaine, de nombreux occupants fuient en traversant la Sarthe à la nage.

    "Des vivres et des bouteilles de bon vin sont ensuite découvertes dans la cave des officiers allemands par les américains et c'est l'occasion d'une soirée mémorable entre jeunes gens de Fillé et libérateurs" (témoignage de René Gaignon au ML août 1994).

    Aux Gesleries également, des familles filléennes qui avaient été contraintes de quitter leur maison, réquisitionnée après le débarquement par les services administratifs de la Lutwaffe repliés sur Fillé, reprennent possession de leurs biens. Mais, hélàs, pour certains, la joie de rentrer "chez soi" est gâchée par la cruelle désillusion de s'apercevoir qu'on les avait tout simplement spoliés d'une partie de leur mobilier. Encore des méfaits bien regrettables dont ces malheureux habitants se seraient bien passés.

     

    photo collection particulière


    Le père Couronne était curé de la paroisse de FILLE pendant les évènements de la Libération, le voici priant devant la porte du presbytère. 

     

    christian13334



    L'EGLISE ST MARTIN DE VERTOU A DONC SUBI DEUX INCENDIES : L'UN EN 1771 ET L'AUTRE LE 8 AOUT 1944.

     

     

     

     

    peinture Christiane Choisnet

     

     

     

    Après cette guerre, quatre nouveaux noms s'inscriront sur le monument aux morts inauguré en 1923 et qui se trouve à l'entrée du cimetière : quatre jeune filléens ont fait le sacrifice de leur vie pour notre Liberté !


    Fillé retrouve son calme, sa rivière et sa sérénité...
    photos collection particulière ci-dessus et ci-dessous

     

     

           

     






    - Concernant les résistants de la Jeunesse Catholique :
    sources bibliographiques =
    100 visages de la résistance et de la déportation en Sarthe de Joseph Estevès
    - photos de l'incendie de l'église et de l'abbé Couronne : archives de la paroisse de Fillé
    - concernant le récit du cahier du Maine Libre n° 2 d'Octobre 1944 :
    "FILLE, une commune face à l'histoire" = cahier de ma collection privée
    - concernant le récit des évènements de la Libération de Fillé ainsi que sur les actes de résistance de Mme H. LE BIHAN : récits de Monsieur René GAIGNON rapportés au moment du cinquantenaire de la Libération ainsi que d'anciens de la commune ayant vécu les évènements notamment ceux de la Libération et de l'incendie de l'église.

    concernant les évènements de la soirée du 7 Août : sources et témoignages de la VIE MANCELLE ET SARTHOISE en collaboration avec le Maine Libre n° 315 de Juillet-Août 1994.

    - concernant la narration des évènements par Madame LETOURNEUR :

    sources empruntées lors de l'exposition qui a eu lieue en Janvier 1987 à FILLE :

    "FILLE D'HIER et d'AUJOURDHUI" organisée par le Comité d'Animation de l'époque.





     

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